MARIA NOSTRA

Chants du culte marial en Méditerranée

Shlom Lekh (Ave Maria syriaque en araméen) ● 2mn

Laude Novella (Laudario di Cortona, Italie, XIIIe siècle) ● 3mn

Mariam Matrem (Livre Vermeil de Montserrat, Espagne, XIVe siècle) ● 4mn

Axion Estin (extrait de la Liturgie de Saint-Jean Chrysostome) ● 3mn

Ave Donna Santissima (Laudario di Cortona, Italie, XIIIe siècle) ● 3mn30

O Virgo splendens (Livre Vermeil de Montserrat, Espagne XIVe siècle) ● 3mn

Mater alma (Manuscrit de Chypre Torino J.II.8 France/Chypre XVe siècle) ● 4mn

Fa mi cantar (Laudario di Cortona, Italie, XIIIe siècle) ● 3mn30

Basilissa tou Kosmou (psaume, chant de moniales, grec orthodoxe) ● 4mn

Miroloi de la Vierge (Chant de deuil, Asie Mineure) ● 5mn

Mana mou, (Hymne maronite du Vendredi Saint, texte de Nikos Gatsos) ● 2mn30

Imperaritz de la Ciudad Joyosa (Livre Vermeil de Montserrat, Espagne, XIVe siècle) ● 3mn30

Eh ! Kyra mou Portaitissa ! (Traditionnel, Dodécanèse.) ● 3mn

Panagia tou Kykkou (Litanie d’appel de la pluie, Chypre.) ● 5mn

 

Répertoire sacré de rite byzantin & Orient chrétien.

Les chants de rite byzantins en grec (« Axion Estin », « Basilissa tou Kosmou ») sont issus de la tradition de l’église orthodoxe se revendiquant d’une fondation au 1er siècle (pour l’église grecque) par l’Apôtre Paul. Cette église s’appuyant sur la préservation d’un patrimoine non réformé depuis le second Concile de Nicée de 787, il est difficile de dater les chants qui en sont issus, d’autant que, si les règles qui régissent leur exécution sont assez strictes, les chantres de tradition byzantine mêlent transmission écrite et transmission orale, ce qui occasionne des mutations dans les structures musicales. Il est parfois difficile de différencier les parties de la mélodie qui sont issues du radical noté dans les manuscrits ou celles qui par l’oralité se sont fixées à partir d’ornements improvisés. Ce répertoire possède donc une certaine intemporalité. Il est à la fois immémorial et maintenu vivace par le rite chrétien orthodoxe et les Chantres formés au Mont Athos et dans les grands centres d’apprentissage de la technique byzantine, extrêmement spécifique et codifiée.

De même les chants d’inspiration sacrée non liturgiques n’ont pas de datation exhaustive. C’est le cas pour « Mana mou » (un bel exemple de propagation d’un patrimoine traditionnel, à partir d’un cantique anglican du XVIIIe.siècle dont la mélodie se retrouve au Liban, en Grèce, mais aussi dans « Adiu pauvre Carnaval » chant bien connu de la tradition provençale) ou pour la litanie chypriote appelant la pluie (héritage païen antique) « Panagia tou Kykkou,  ainsi que pour « Kyra mou Portaitissa » (une prière festive adressée à l’Icône de la « Vierge du Portail ») ou encore pour  le « Miroloi de la Vierge » (les « miroloi » sont des chants issus d’une tradition funéraire à usage cathartique qui consiste pour l’épouse, la mère, la fille, la soeur etc. d’un défunt, à composer un chant funèbre qui ne sera chanté qu’une seule et unique fois lors de la mise en bière et que l’endeuillée oublie sitôt après. Le poète
Loudoviko ton Anogeion en a réalisé des collectages importants).
L’Ave Maria syriaque en araméen, langue du Christ, « Shlom Lekh » ouvre le programme d’Irini et s’est imposé naturellement comme un appel à la paix, une mémoire et une conscience de ce qu’en Orient, des dizaines de chrétiens sont tués chaque jour pour leur foi, et au delà, souffre et meurt le peuple syrien tout entier entre Charybde et Scylla, la dictature ou le fondamentalisme.

 

Répertoire médiéval catholique

Le Laudario de Cortone

« Au milieu du XIIIème siècle, en Toscane, sous l’influence de St François d’Assise, des chants populaires se sont créés pour exalter l’Incarnation et les saints. C’est l’époque des premiers « mystères », joués par la population sur les parvis des églises, des premières « crèches », des processions des corporations d’artisans fêtant
et chantant leurs saints patrons. De cette époque, il nous reste un ensemble de manuscrits appelés le « Laudario de Cortona », ensemble de « laudes » écrites en vieux toscan, et dont la notation musicale est celle du grégorien (portée de 4 lignes, notes carrées). C’est un des plus vieux manuscrits qui nous soit parvenu de musique populaire en langue vulgaire. » J.B. Baconnet

Ces louanges joyeuses et vives offrent un chaînon très intéressant entre l’héritage grégorien et ce qui devient peu à peu le style profane italien qui donnera les «frotole» un siècle plus tard. Si les dessins mélodiques oscillent entre patrimoine sacré («Ave Donna santissima») et profane ((«Fami cantar»), les textes sont clairement d’inspiration troubadour (ceux-ci fuient d’ailleurs massivement en Italie à partir de la croisade albigeoise) et la louange de la Vierge y est presque érotique («Laude novella»).

 
Le Livre Vermeil de Montserrat

« Parce que les pèlerins souhaitent chanter et danser pour rester vigilants la nuit dans l’église de la bienheureuse Marie de Montserrat, mais également à la lumière du jour. De plus, les chants ne sont autorisés dans l’église que s’ils demeurent chastes et pieux. C’est pour ces raisons plus ou moins bonnes, que ces chants ont été composés. Ils doivent donc être utilisés avec modestie, en prenant garde de ne pas perturber ceux qui sont plongés dans la prière ou dans la dévotion contemplative. » Livre Vermeil de Montserrat

Un incontournable du répertoire médiéval, sans doute l’ouvrage le plus connu du grand public. Ces chants destinés à être livrés aux pèlerins de Montserrat, abbaye primordiale de Catalogne dans le but de leur enseigner un répertoire « chaste et pieu». En effet, la figure du pèlerin au Moyen-Age se rapproche beaucoup plus de celle des groupes errants de « marginaux » et autres punks du XXIe siècle que de celle de nos actuels pèlerins. La vie est dure sur les routes et les voyages sont longs. Les éternels voyageurs que sont les pèlerins s’organisent donc en petits groupes capables de se protéger à coups de bâton des voleurs de grand chemin et dont la foi, à force de discussions et d’échanges le long des routes, loin de la société, a tendance à dévier plus ou moins fortement du Dogme, d’où la nécessité de leur fournir des chants … disciplinaires ! Cette musique couchée sur manuscrit au XIVe. Siècle est d’une étonnante modernité, notamment le « O Virgo splendens » qui enlève à Tallis ou à Varèse, toute primauté sur la spatialisation sonore.

Le Manuscrit de Chypre, Torino J.II.9

Au XVe. siècle, Chypre est sous domination française, aux mains des Lusignan. Idéalement située face à Jérusalem, elle offrait une base militaire aux croisés. Le manuscrit d’où provient ce motet a été identifié comme destiné à la cour de Chypre, notamment par des références à Janus de Lusignan, décédé en 1432, roi de Chypre. Les pièces musicales contenues dans ce recueil sont variées, motets profanes et motets religieux et sont de véritables bijoux de l’Ars Subtilior, d’une rare complexité, alliant hoquets, contrepoint, polyrythmie et un grand raffinement dans la modalité. Malheureusement leurs difficultés d’exécution en font des pièces assez rares et peu interprétées. Ce motet de louange à la Vierge est pluritextuel et superpose rythmes binaires et ternaires

D’une rive et d’un son à l’autre de la « Mare Nostrum », l’Ensemble IRINI (dont le nom signifie « la paix » en grec), invite à la découverte de la diversité et de la richesse musicale du culte marial en Méditerranée à travers les siècles.